Il existe des écrivains dont le nom demeure attaché à un prix, à un livre ou à une époque, puis qui semblent peu à peu disparaître de la mémoire littéraire. Jean-François Josselin appartient, en partie, à cette catégorie. Pourtant, son parcours mérite que l’on s’y arrête : écrivain, journaliste, critique littéraire et homme de théâtre, il fut pendant plusieurs décennies une figure familière du paysage culturel français.
Né en 1939, Jean-François Josselin a construit une œuvre relativement discrète par son volume, mais particulièrement reconnaissable par son ton. Son univers mêle l'ironie, le fantastique, le désir, les faux-semblants, les métamorphoses et une certaine inquiétude devant le temps qui passe. Il aimait les personnages qui se cachent derrière une identité, les êtres qui jouent un rôle et les situations où la réalité finit par se dérober.
Son parcours littéraire commence très tôt. À seulement 18 ans, il est publié par Jean Cayrol dans la collection « Écrire » du Seuil, consacrée aux jeunes auteurs. Quelques années plus tard paraît son premier roman, Don Juan sous la pluie, qui propose déjà une vision décalée du célèbre séducteur : loin du conquérant traditionnel, son Don Juan est un homme passif et inquiet, presque effrayé par son propre succès.
Mais Jean-François Josselin ne sera pas seulement romancier. Il deviendra également journaliste et critique littéraire au Nouvel Observateur, où il travaillera pendant de nombreuses années. Cette proximité avec les écrivains, les éditeurs, les acteurs et les milieux artistiques nourrira sans doute son regard sur les êtres et les apparences. Sa carrière le conduira également vers la télévision et le théâtre.
En 1982, son nom prend une nouvelle dimension avec L'Enfer et Cie, publié chez Grasset. Le roman reçoit le prix Médicis, consacrant un écrivain dont l'univers, déjà bien affirmé, devient alors beaucoup plus largement reconnu.
Pourtant, réduire Josselin à ce seul prix serait injuste. Derrière L'Enfer et Cie se trouve une œuvre plus vaste, allant de Quand j'étais star à La Mer au large, de Quelques jours avec moi à Après la nuit, la nuit, jusqu'à Les Poupées du diable, son dernier roman.
Ce qui frappe aujourd'hui, lorsqu'on revient sur son parcours, c'est la cohérence de cet univers. D'un livre à l'autre, les personnages cherchent leur place, changent de visage, se dissimulent, désirent, mentent, se mettent en scène ou se découvrent eux-mêmes dans des situations souvent étranges. Chez Josselin, le rire n'est jamais très loin de l'inquiétude, et la fantaisie peut cacher une profonde mélancolie.
C'est cette personnalité littéraire singulière que je vous propose de découvrir ici. ✨
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Jean-François Josselin est né en 1939 et mourra à Brest le 2 avril 2003, à l'âge de 63 ans. Sa disparition donnera lieu à un hommage du Monde, qui le décrit comme un écrivain et journaliste au tempérament à la fois exubérant, drôle et profondément inquiet.
Mais avant d'être une personnalité du monde littéraire parisien, il est surtout un très jeune auteur.
À 18 ans, il connaît en effet une première reconnaissance grâce à Jean Cayrol, écrivain et éditeur qui accueille son premier texte dans la collection « Écrire » au Seuil. Cette première publication est déjà révélatrice de l'étrangeté qui caractérisera son œuvre : Josselin y observe avec minutie la fascination d'un jeune homme pour un couple appelé à mourir.
Cette entrée précoce dans la littérature est importante pour comprendre son parcours.
Josselin n'est pas un journaliste devenu écrivain sur le tard. L'écriture est présente chez lui dès la jeunesse, avant même que son activité journalistique ne l'installe durablement dans le monde culturel.
Son premier roman, Don Juan sous la pluie, paraît au Seuil en 1960 ou 1961 selon les notices bibliographiques. Le catalogue Hachette confirme en tout cas ce titre parmi ses premières publications au Seuil.
Le personnage de Don Juan y est très éloigné du séducteur conquérant que la tradition littéraire nous a habitués à rencontrer.
Chez Josselin, le héros est au contraire passif et inquiet, presque terrorisé par le succès qu'il rencontre auprès des femmes.
Ce renversement annonce déjà une constante de son écriture : prendre une figure connue, une situation attendue ou un rôle social bien défini… et le faire légèrement dévier.
C'est précisément dans cet espace entre ce que l'on attend et ce qui arrive réellement que Josselin semble trouver son inspiration.
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Jean-François Josselin va ensuite mener une double carrière
D'un côté, il poursuit son activité d'écrivain. De l'autre, il devient journaliste et critique littéraire, notamment au Nouvel Observateur. La notice biographique de Grasset le présente d'ailleurs comme journaliste et critique littéraire au sein du journal.
Cette position lui donne une place privilégiée pour observer la vie littéraire française.
Il connaît les écrivains, les éditeurs, les débats autour des livres et les coulisses du monde culturel. Il est lui-même plongé dans cet univers qu'il observe.
Cette proximité est intéressante lorsqu'on relit ses romans.
Chez Josselin, les personnages semblent souvent jouer leur propre vie comme on jouerait un rôle. Ils se donnent une apparence, adoptent un comportement, se travestissent parfois, puis finissent par révéler, volontairement ou non, quelque chose d'autre.
Son métier de journaliste et de critique lui permet également d'exercer une activité très différente de celle du romancier : regarder les autres, les comprendre, les présenter au public.
L'écrivain et le critique semblent ainsi se rejoindre autour d'une même curiosité : qu'est-ce qui se cache réellement derrière une personne ?
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En 1976, Jean-François Josselin publie Quand j'étais star chez Grasset. Le livre compte 218 pages dans l'édition actuellement référencée par Hachette.
Le roman joue avec la frontière entre autobiographie, rêve et fiction.
Le héros s'imagine dans l'existence des stars de cinéma qu'il admire. La réalité et le fantasme se mélangent progressivement, tandis que le personnage emprunte, d'une certaine manière, des identités et des vies qui ne sont pas les siennes.
Le titre lui-même est révélateur : « Quand j'étais star » suppose que l'on puisse raconter comme un souvenir quelque chose qui relève peut-être du rêve.
C'est une idée très josselinienne.
Chez lui, la fiction n'est pas seulement une histoire inventée : elle devient parfois une manière de vivre autrement.
🎭 Être soi-même ne suffit plus.
Il faut parfois devenir quelqu'un d'autre.
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En 1979, Josselin publie Quelques jours avec moi chez Grasset. Le roman sera ensuite réédité et connaîtra également une existence cinématographique.
Le récit met en scène un jeune homme et une femme de ménage dans une relation extrêmement ambiguë.
Le résumé éditorial insiste sur le contraste entre les apparences sociales et la violence des rapports qui se nouent entre les personnages : passion sans véritable amour, désir, cruauté, domination, souffrance et travestissements.
Une fois encore, Josselin s'intéresse donc à ce qui se trouve derrière les apparences.
Les rôles sociaux semblent clairs au départ : un jeune homme respectable, une employée de maison, deux mondes qui ne devraient pas vraiment se rencontrer.
Mais la littérature de Josselin se nourrit précisément du moment où ces catégories cessent de fonctionner.
Quelques jours avec moi donnera ensuite lieu au film de Claude Sautet, sorti en 1988.
L'adaptation cinématographique est toutefois décrite comme très librement inspirée du roman original.
Cette adaptation témoigne néanmoins de la capacité de l'univers de Josselin à dépasser le seul cadre littéraire.
Son goût pour les personnages ambigus, les rapports humains complexes et les situations déstabilisantes se prête naturellement à la représentation.
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S'il ne fallait retenir qu'un titre dans la bibliographie de Jean-François Josselin, ce serait probablement L'Enfer et Cie.
Publié chez Grasset le 2 septembre 1982, le roman compte environ 194 pages dans l'édition actuellement référencée. Il obtient cette même année le prix Médicis.
C'est le moment de consécration littéraire de Josselin.
Le narrateur, B., rencontre presque chaque soir dans un bar une femme élégante, Mme Foy, ancienne hôtesse de l'air.
Tous deux boivent du whisky, discutent et se confient progressivement.
Puis la femme de B., Cécile, disparaît.
À partir de là, le récit bascule dans une succession de métamorphoses et d'identités surprenantes. L'épouse semble réapparaître sous différentes formes et différents personnages.
Le roman devient alors une véritable réflexion fantaisiste sur l'identité.
Qui sommes-nous lorsque les autres nous renvoient constamment une image différente ?
Que reste-t-il d'une personne lorsque son apparence, son nom ou son rôle changent ?
Et surtout : peut-on vraiment connaître quelqu'un ?
Le titre L'Enfer et Cie évoque évidemment la célèbre formule de Sartre, mais Josselin la transforme en une fable beaucoup plus personnelle.
Chez lui, « les autres » ne sont pas seulement une source de conflit.
Ils sont aussi une source de transformation.
Ils nous obligent à nous regarder, à nous définir, à nous comparer et parfois à nous réinventer.
Grasset présente d'ailleurs le roman comme une quête d'identité, plongée dans un univers sarcastique et feutré qui appartient pleinement à Josselin.
C'est sans doute ce qui explique encore aujourd'hui la singularité du livre.
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En relisant l'ensemble de son parcours, une idée revient constamment : le masque.
Le masque peut être social.
Il peut être amoureux.
Il peut être sexuel.
Il peut être professionnel.
Il peut même devenir littéralement un changement d'identité.
Les personnages de Josselin sont rarement totalement transparents.
Ils dissimulent quelque chose.
Et parfois, ils ne savent eux-mêmes plus très bien qui ils sont.
Cette fascination apparaît dès Don Juan sous la pluie, se développe dans Quand j'étais star, traverse Quelques jours avec moi, devient particulièrement évidente dans L'Enfer et Cie et réapparaît encore dans ses œuvres ultérieures.
C'est ce qui donne à son œuvre une cohérence étonnante.
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Le parcours de Josselin ne s'arrête pas à la presse et au roman.
À partir de 1983, il participe à l'émission littéraire « Boîte aux lettres », diffusée sur FR3 et présentée par Jérôme Garcin. Il y intervient comme chroniqueur.
Il est également lié au théâtre.
Après le succès de L'Enfer et Cie, le roman est adapté pour la scène dans une pièce interprétée notamment par Françoise Fabian et Michel Duchaussoy.
Cette activité théâtrale correspond parfaitement à son tempérament.
Josselin aimait les dialogues, les voix, les personnages, les imitations et les situations de représentation.
Le Monde souligne d'ailleurs son goût pour le théâtre et son plaisir à jouer, imiter et parodier.
Chez lui, la littérature semble parfois avoir besoin d'être entendue autant que lue.
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En 1987, Josselin publie La Mer au large chez Gallimard.
Le roman est beaucoup plus sombre.
Un homme vieillissant séjourne dans un hôtel luxueux au bord de la mer. Il tombe sous l'influence d'un trio inquiétant qui le place dans une situation de domination psychologique. Mais les rôles deviennent rapidement plus complexes : celui qui semble être la victime paraît lui-même accepter, voire rechercher, une partie de ce qui lui arrive.
La vieillesse occupe ici une place essentielle.
Le personnage se regarde dans les miroirs.
Il observe son propre vieillissement.
Et derrière cette situation romanesque apparaît une inquiétude plus universelle : que devient-on lorsque l'image que l'on a de soi ne correspond plus à celle que nous renvoie le miroir ?
Cette question semble particulièrement importante dans la dernière partie de la carrière de Josselin.
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En 1989, année de ses 50 ans, Josselin publie Après la nuit, la nuit, un recueil de nouvelles chez Gallimard.
Le livre mêle mystère, fantastique et rêve. Les personnages y possèdent cette étrange combinaison de malice et de perversité qui caractérise l'écriture de Josselin.
Ses dialogues prennent alors une importance particulière.
On retrouve une écriture qui semble parfois presque théâtrale : les personnages parlent, se répondent, se provoquent et avancent dans des situations où la logique ordinaire finit par se fissurer.
Chez Josselin, le fantastique n'a donc pas nécessairement besoin de monstres ou de phénomènes surnaturels spectaculaires.
Il peut naître d'une simple conversation.
D'une rencontre.
D'un regard.
D'une personne qui n'est soudain plus tout à fait celle que l'on croyait connaître.
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Josselin poursuit son activité littéraire durant les années 1990.
Son catalogue comprend notamment :
Cette bibliographie montre également une autre facette de son travail : la biographie.
En 1995, il consacre ainsi un ouvrage à Simone Signoret, personnalité qui appartient précisément à cet univers du cinéma et des acteurs qui le fascinait tant.
Ce choix n'est finalement pas surprenant.
Les acteurs occupent une place particulière dans l'imaginaire de Josselin.
Ils sont à la fois eux-mêmes et quelqu'un d'autre.
Ils jouent un personnage tout en restant une personne réelle.
Ils incarnent donc parfaitement cette frontière entre identité et apparence qui traverse toute son œuvre.
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En janvier 2000, Jean-François Josselin publie Les Poupées du diable chez Grasset.
Le roman prend la forme d'un polar parodique et halluciné.
On y retrouve un massacre familial, une survivante, une histoire de vengeance et des personnages dont les identités ne sont jamais aussi simples qu'elles pourraient le sembler.
Le Monde insiste particulièrement sur les travestissements, les transgressions et la place considérable accordée aux dialogues : ceux-ci occupent une très grande partie du roman.
Il est assez frappant de constater que son dernier roman rassemble ainsi plusieurs des thèmes qui auront accompagné Josselin durant toute sa carrière :
Comme si, à la fin de son parcours, l'écrivain revenait naturellement vers les obsessions qui avaient nourri ses premiers livres.
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Les témoignages consacrés à Jean-François Josselin après sa mort dessinent un portrait particulièrement attachant.
Il avait un humour exubérant, un rire très reconnaissable et des talents d'imitateur. Pourtant, cette gaieté visible semblait cacher une personnalité beaucoup plus inquiète et mélancolique.
Le Monde évoque ainsi un homme plein de talents et d'angoisse, dont le rire pouvait dissimuler une grande tristesse.
Cette dualité éclaire son œuvre d'une manière très intéressante.
On pourrait croire que Josselin est avant tout un écrivain de la fantaisie.
Mais derrière cette fantaisie se trouvent souvent :
Le rire devient alors une protection.
Une façon de tenir à distance ce qui fait peur.
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Deux mots semblent particulièrement bien résumer Jean-François Josselin : ironie et tendresse.
Son humour peut être féroce.
Ses situations peuvent être cruelles.
Ses personnages peuvent se montrer pervers, ridicules ou inquiétants.
Mais il existe aussi, derrière cette cruauté apparente, une vraie attention portée aux êtres.
C'est peut-être pour cette raison que ses personnages ne sont jamais complètement condamnés par le récit.
Même lorsqu'ils mentent, manipulent ou se perdent, ils restent profondément humains.
Josselin semble regarder leurs faiblesses avec un mélange de distance et de compassion.
Et c'est probablement là que son œuvre devient la plus intéressante.
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Si l'on devait chercher un fil rouge dans toute son œuvre, je retiendrais celui-ci :
Nous ne sommes jamais tout à fait celui que les autres voient.
C'est une idée qui traverse ses livres.
Le Don Juan de ses débuts n'est pas le séducteur que l'on attend.
La star de Quand j'étais star vit dans un monde où rêve et réalité se mélangent.
Les personnages de Quelques jours avec moi se perdent dans des rapports de domination et de désir.
Dans L'Enfer et Cie, les identités se transforment.
Dans La Mer au large, le regard sur soi devient inséparable de la peur de vieillir.
Dans Les Poupées du diable, les travestissements et les transgressions deviennent partie intégrante du jeu romanesque.
Tout semble donc ramener à la même interrogation :
Qui sommes-nous derrière le personnage que nous montrons aux autres ?
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Voici les principaux titres à retenir dans son parcours
| Année | Œuvre | Éditeur |
| 1961 | Don Juan sous la pluie | Le seuil |
| 1972 | Le Grand air de Charlotte | Le seuil |
| 1976 | Quand j'étais star | Grasset |
| 1979 | Quelques jours avec moi | Grasset |
| 1982 | L'enfer et Cie | Grasset —Prix Médicis |
| 1983 | Carlotta, tu n'es pas un ange | Grasset, sous le pseudonyme Jess Lion |
| 1987 | La mer au large | Gallimard |
| 1989 | Après la nuit, la nuit | Gallimard |
| 1993 | La fortune du pot | Grasset |
| 1995 | Simone Signoret | Grasset |
| 1998 | Les Petites Horreurs | Grasset |
| 2000 | Les poupées du diable | Grasset |
Les catalogues de Grasset et Hachette confirment notamment cette succession de publications et les dates des principaux ouvrages.
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C'est peut-être la question la plus intéressante.
Pourquoi revenir, aujourd'hui, vers un écrivain disparu depuis plus de vingt ans ?
Parce que certaines de ses interrogations n'ont rien perdu de leur actualité.
La question de l'identité, notamment, est devenue particulièrement présente dans notre époque.
Qui sommes nous réellement ?
Quelle image donnons nous de nous-mêmes ?
Quelle part de nous montrons nous aux autres ?
Et quelle part gardons-nous secrète ?
Josselin abordait ces questions bien avant que les notions d'image publique, de représentation de soi et d'identité ne prennent la place qu'elles occupent aujourd'hui.
Mais il le faisait avec ses armes à lui : l'humour, la satire, le fantastique, le théâtre, les dialogues et les métamorphoses.
Il ne délivre pas de grandes leçons.
Il préfère nous placer devant une situation étrange et nous laisser nous débrouiller avec elle.
Et c'est sans doute ce qui rend son œuvre intéressante à redécouvrir.
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Jean-François Josselin reste aujourd'hui une figure relativement discrète de la littérature française du XXᵉ siècle. Pourtant, son parcours est loin d'être anecdotique.
Né en 1939, publié très jeune grâce à Jean Cayrol, devenu journaliste et critique littéraire au Nouvel Observateur, écrivain, homme de théâtre et chroniqueur à la télévision, il a traversé plusieurs univers artistiques sans jamais vraiment s'y enfermer.
Son œuvre, elle aussi, refuse les catégories trop simples.
Elle peut être drôle et inquiétante.
Fantastique et réaliste.
Cruelle et tendre.
Légère en apparence, mais profondément préoccupée par la solitude, le désir, l'identité et le vieillissement.
Son prix Médicis obtenu en 1982 pour L'Enfer et Cie constitue évidemment le sommet le plus visible de sa carrière littéraire. Mais ce serait dommage de ne retenir que ce titre.
Quand j'étais star permet de découvrir son goût pour les rêves et les identités empruntées. Quelques jours avec moi révèle une écriture plus sombre, traversée par le désir et la violence. La Mer au large plonge dans les inquiétudes liées au temps et au vieillissement. Après la nuit, la nuit fait entrer davantage le mystère et le fantastique. Et Les Poupées du diable, son dernier roman, rassemble encore une fois les travestissements, la parodie, la cruauté et le plaisir du dialogue qui lui étaient si personnels.
Ce qui me semble finalement le plus intéressant chez Jean-François Josselin, c'est cette capacité à faire du masque un sujet littéraire.
Ses personnages jouent.
Ils mentent.
Ils se transforment.
Ils se cherchent.
Ils observent les autres et tentent parfois de se regarder eux-mêmes.
Mais derrière ces jeux d'identité apparaît toujours quelque chose de beaucoup plus fragile : la peur de ne pas être aimé, la peur de vieillir, la peur de ne plus savoir qui l'on est.
C'est peut-être là que se trouve la véritable profondeur de son œuvre.
Derrière l'ironie, il y a la tendresse.
Derrière le rire, l'inquiétude.
Derrière la fantaisie, une vraie mélancolie.
Et derrière les personnages qu'il invente, il y a cette question que la littérature ne cesse de nous poser : sommes-nous vraiment ceux que nous croyons être ? 🎭
Redécouvrir Jean-François Josselin, c'est donc aussi redécouvrir une certaine manière de raconter les êtres : avec de l'humour, de l'étrangeté, une pointe de cruauté, mais sans jamais oublier leur fragilité.
Pour celles et ceux qui aiment les écrivains à part, les œuvres difficiles à enfermer dans une seule catégorie et les romans où les apparences ne cessent de se fissurer, son univers mérite certainement une nouvelle lecture. 📚✨
Et peut-être que L'Enfer et Cie, son livre le plus célèbre, constitue la meilleure porte d'entrée pour commencer ce voyage.
Avez-vous déjà lu Jean-François Josselin ? Si oui, quel livre vous a le plus marqué ? Et si vous ne le connaissiez pas encore, lequel de ses romans vous donnerait le plus envie d'entrer dans son univers ? 💬